Lo Paratge : bien vieillir dans le Périgord
publié le vendredi 5 juin 2009
Pour échapper à la maison de retraite, une quinzaine de retraitées périgourdines ont décidé de créer un lieu de vie autogéré, organisé sous la forme d’une coopérative d’habitants. Un concept original qui permettrait aux futurs pensionnaires de rester autonomes et indépendants le plus longtemps possible.
« La maison de retraite ? Ça, jamais ! je préfère me suicider plutôt que de m’y retrouver et finir comme un légume. J’en ai visité quelques-unes, ce sont de véritables mouroirs. » Du haut de ses 79 ans, Rose le clame haut et fort : elle veut rester active, autonome et indépendante le plus longtemps possible. Ce souhait, elle le partage avec ses amies de l’association Lo Paratge (« le partage » en occitan), réunies depuis la fin 2006 autour d’une belle entreprise : la création d’un lieu de vie autogéré, solidaire et dédié aux personnes âgées, hommes et femmes. « L’associa
tion a déjà trouvé un terrain dans la commune de Saint-Julien-de-Lampon, en Dordogne, explique Liliane Battais, accompagnatrice du projet. Nous élaborons actuellement le plan des lieux avec des architectes en respectant les principes du label de haute qualité environnementale. L’idée, c’est aussi de créer un espace écologique qui permette aux locataires de faire des économies d’eau et d’énergie. »
Un lieu ouvert sur l’extérieur
Le futur bâtiment, qui devrait voir le jour fin 2010, comptera une vingtaine de petits logements indépendants, du studio au deux-pièces avec kitchenette et salle de bain, ainsi que des équipements collectifs : une buanderie, une grande cuisine commune pour les repas de fête, une bibliothèque et un potager. Quelques chambres d’hôtes sont également prévues pour recevoir les familles, mais aucun espace médicalisé n’est envisagé. « C’est justement en étant assisté médicalement que l’on devient dépendant », estime Rose. L’association a donc décidé qu’en cas de maladie ou de perte d’autonomie d’un des habitants, il serait fait appel à des médecins, à des infirmières ou à des aides à domicile du département. « En utilisant les services de proximité, il s’agit aussi de rester ouvert sur l’extérieur et d’être intégré à la commune, précise Liliane Battais. Les locataires
feront leurs courses dans le village, ils participeront à la vie locale. » Lo Paratge envisage par exemple de proposer aux familles de l’aide aux devoirs ou de la garde d’enfants, histoire de renforcer les liens intergénérationnels.
« Une personne, une voix »
« Notre statut sera celui d’une coopérative d’habitants et reposera sur le principe "Une personne, une voix", ajoute Liliane. Chaque membre verse environ 10 000 euros dans le
projet et devient ainsi propriétaire d’une part sociale. Le reste de l’argent sera emprunté par la coopérative et remboursé par les loyers, qui s’élèveront à environ 300 à 400 euros par mois selon les logements. La Cram nous a proposé un prêt à taux zéro et nous comptons aussi sur
des subventions publiques. » L’association devrait ainsi pouvoir rassembler les 2 millions d’euros nécessaires à la réalisation de son rêve.
Pour gérer au mieux l’harmonie entre les futurs locataires, les sociétaires ont élaboré une charte qui résume les principes de vie du lieu. En emménageant, chacun s’engage à aider les autres à bien vieillir. Les locataires veilleront les uns sur les autres et les tâches seront partagées. En fonction de ses compétences, tout le monde participera à la prise de décisions, à la gestion administrative des lieux et aux différentes activités proposées. « Ce sera une façon efficace de faire travailler notre matière grise, souligne Rose. Nous prouverons ainsi que l’on peut vieillir tout en restant dynamique, en bonne santé physique et mentale. »
Si d’autres projets du même type existent en France, comme celui, précurseur, de la maison des Babayagas à Montreuil-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), aucun ne s’est encore concrétisé. « Beaucoup de personnes nous contactent pour avoir des informations et faire de même dans leur région, confie Liliane Battais. Cette démarche suscite un grand intérêt et répond probablement aux préoccupations de la génération du papy-boom. » Une génération trop souvent confrontée à la solitude, que ce soit à domicile ou en maison de retraite, et qui aspire à décider elle-même de ses conditions de vieillissement.
Delphine Delarue
Renseignements sur le site de l’association Lo Paratge : http://www.loparatge.org, ou par e-mail auprès de Liliane Battais, accompagnatrice du projet snc.debat@wanadoo.fr
Source Mutualistes N°301
La première esquisse
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Le projet de l’association Lo Paratge actuellement discuté par les futurs habitants. |
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